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Des douves et des barbeles devant les sorties de secours

Mercredi 26 août 2009

obstacleC’est encore un nouveau pas qui vient d’être franchi pour comprendre que l’on ne comprend pas grand chose !

Très bientôt, dans les lieux bondés, il faudra vous attendre à trouver tout un tas d’obstacles sur votre chemin.

Jusqu’à présent la logique voulait que les sorties de secours soient laissées libres de tout encombrement afin de permettre aux gens de se piétiner allègrement dans la joie et la bonne humeur en cas d’évacuation[1]. C’est sur le point de changer !!!

Désormais, les sorties se feront à la Mario Kart, comprendre avec des obstacles sur le chemin.

Quelle bonne idée ! Mais pourquoi donc ???

Un chercheur japonais Daichi Yanagisawa (oui un moyen de gérer les foules on aurait pu se douter !) a étudié pour cela la vitesse d’évacuation de femmes à travers une porte dont la consigne était de sortir le plus vite possible.

Un obstacle placé devant la porte, un peu de coté, a permis d’augmenter la vitesse de sortie de (attention il faut se tenir à accoudoir ) 2.8 à 2.92 personnes par seconde ! L’obstacle était un pilier de 20 cm placé 65cm avant la porte. Il est à noter que ce taux descend a 2.78 si le pilier est trop proche du centre.

Ce qui laisse pantois dans cette étude n’est pas tant qu’un ralentisseur (de fait) augmente la vitesse générale, après tout il est prouvé depuis longtemps sur autoroute qu’une baisse de la vitesse de chaque véhicule contribue à la fluidité globale et par là même à la hausse du débit de voiture (principalement par le raccourcissement des distances de sécurité et l’abolition des effets d’accordéons.

Ce qui laisse pantois, ce sont les taux ! Il faut savoir que dans ce genre d’études ils sont obtenus par un modèle mathématique qui reprend divers paramètres et ensuite confrontés a la pratique et aux faits.

Je me permets de citer le résumer de l’article de l’étude (disponible ici)

In this paper, two important factors which affect the pedestrian outflow at a bottleneck significantly are studied in detail to analyze the effect of an obstacle set up in front of an exit. One is a conflict at an exit when pedestrians evacuate from a room. We use floor field model for simulating such behavior, which is a well-studied pedestrian model using cellular automata. The conflicts have been taken into account by the friction parameter. However, the friction parameter so far is a constant and does not depend on the number of the pedestrians conflicting at the same time. Thus, we have improved the friction parameter by the frictional function, which is a function of the number of the pedestrians involved in the conflict. Second, we have newly introduced the cost of turning of pedestrians at the exit. Since pedestrians have inertia, their walking speeds decrease when they turn, and the pedestrian outflow decreases. The validity of the extended model, which includes the frictional function and the turning function, is supported by the comparison of a mean field theory and real experiments. We have observed that the pedestrian flow increases when we put an obstacle in front of an exit in our real experiments for the first time. The analytical results clearly explains the mechanism of the effect of the obstacle, i.e., the obstacle blocks pedestrians moving to the exit and decreases the average number of pedestrians involved in the conflict. We have also found that an obstacle works more effectively when we shift it from the center since pedestrians go through the exit with less turning.

Un résumé français succinct et peu flatteur serait de dire que l’équipe s’est contentée de rajouter 2 variables à un modèle préexistant et de vérifier sa concordance avec ce qui est réellement observé.

Ils ont donc pu verifier une hausse de 4% du nombre de personnes évacués par secondes dans un cas, et une baisse de 0.7% dans l’autre cas !

C’est impressionnant. Quoique…

futur équipement de sécuritéL’observation a été réalisée sur un groupe de 50 femmes chargées d’évacuer.

Avec un taux non modifié de 2.8 femmes par secondes, elles ont évacué en 17.85 secondes. Avec l »obstacle et le taux a 2.92 il ne leur a donc plus fallu que …17.12secondes …Le groupe aurait donc gagné 0.7 secondes. Le poteau au milieu les a vu lui sortir en 17.99 secondes.

Outre que ce genre d’expérience soit de fait particulièrement difficile à reproduire:
-C’est le même groupe qui ressort chaque fois ?
-Si oui la fatigue est elle prise en compte,
-Sont elles prévenus de la configuration,
-Sont elles habillées et chaussées de façon réaliste ? (personnellement j’évacue moins bien en talons hauts …)
-Sont elles chargées de façon réaliste ? (si 50 femmes doivent évacuer, jsuis ptet sexiste mais imo elles ont des sacs et des cabas, si elles en ont pas c’est qu’elle simulent n’importe quelle foule et donc qu’il manque la prise en compte de la force/masse des hommes qui bousculeraient les femmes en fuyant la queue entre les jambes)
-Si non de quelle manière des groupes si restreints peuvent ils être semblables ?

En abrégé ces temps ne sont aucunement significatif de quoi que ce soit. Quand bien même ils le serait ce sont les différences constatées qui ne le sont pas. La seule chose que l’expérience aurait pu valider étant précisément l’absence de différences significatives.

De plus en cas d’évacuation une composante panique est à prendre en compte;
que peut bien faire un physicien japonais pour mener 50 femmes à fuir son bureau dans des conditions réalistes ???

Encore une preuve que les Stats disent … exactement ce qu’on veut leur faire dire

Sources :

Notes

[1] Décret no 92-333 du 31 mars 1992 modifiant le code du travail (deuxième partie: Décrets en Conseil d’Etat) et relatif aux dispositions concernant la sécurité et la santé applicables aux lieux de travail, que doivent observer les chefs d’établissements utilisateurs Art. R. 232-12-2. – Les établissements mentionnés à l’article R. 232-12 doivent posséder des dégagements (portes, couloirs, circulations, escaliers, rampes) répartis de manière à permettre une évacuation rapide de tous les occupants dans des conditions de sécurité maximale. Ces dégagements doivent être toujours libres. Aucun objet, marchandise ou matériel ne doit faire obstacle à la circulation des personnes ou réduire la largeur des dégagements au-dessous des minima fixés ci-après.