Alcool: hypothese, synthese et gueule de bois

Paradoxe de notre temps.

Quand le bio, la morale, la médecine ET la gastronomie au sens le plus large se rencontrent, ça fuse, ça pétille, et les idées pour être nombreuses n’en sont pas moins légèrement déconnectées du bon sens commun qui transforme le pilier de bistrot en un puits de sagesse bien plus au fait du monde que le scientifique.

La double tendance, est à la fois à l’ersatz bio-vegetalo-moralo-compatible et au retour vers le traditionnel et les sources. Exemple.

Le faux gras; la fausse bonne idée

Le faux gras aurait pu être une bonne idée, si si. Il aurait juste fallut que ça ait bon gout, que la lecture de la composition génère en nous une idée de cuisine plutôt qu’une expérience. Il surfe pourtant sur une tendance à jamais intemporelle; les souvenirs nostalgiques de notre enfance; simplement là où d’autres ont choisit de rappeler goûts, odeurs, sensations, la faux gras fait le choix de nous remémorer la panoplie de petit chimiste.

fauxgras.jpgUne mousse faite de levure et d’amidon, estampillée végétarienne et bio. L’initiative est louable mais ne s’adresse vraiment qu’à une petite niche de gens qui ont laissés leurs papilles dans l’apéro.

Contrairement à beaucoup de gens qui en parlent sans l’avoir testé (celui ci ne semblant être vendu qu’en Belgique) nous l’avons gouté. Nous étions 4 devant cette petite boite avec un pain des anciens et un appétit féroce. La lutte fût inégale. La boite a gagné et est partie à peine blessée finir sa vie dans la poubelle, nous laissant un sentiment et un goût amer.

Pour ceux qui veulent se faire une idée par eux même; commencez donc par le site.

Différence entre les tsar et les rois

Autre nouvelle qui ravira tous ceux qui ne sont pas capitaines de soirée, c’est l’étude comparée du bourbon et de la vodka dans les phénomènes d’alcoolisation et de gueule de bois. Un échantillon de 37 hommes et 58 femmes (la variabilité des résultats sur les femmes nécessitait-elle un échantillon de taille 2n ? ) a donc du boire des boissons contenant ou de l’alcool ou un placebo afin de prouver l’influence de celui ci sur la gueule de bois. Sans surprise on apprend donc que sans alcool il n’est point de gueule de bois.

L’étude s’attache ensuite à comparer les effets du bourbon et de la vodka. Si les effets sur l’attention sont comparables, il semble toutefois que la vodka soit beaucoup moins traitre au réveil. Un gros bémol cependant, l’étude ne précise absolument pas les marques ou les méthodes de fabrication des produits utilisés, et si la fabrication du bourbon semble suivre des règles assez stricts, le manque de standardisation dans les conceptions de vodka interdirait à priori une généralisation trop hâtive.

Un détail toutefois non élucidé mais qui peut donner à réfléchir: il semble que ce soit sur la fin de l’alcoolémie, lorsque le taux redescend vers 0 que la gueule de bois commence à redresser le poil à l’intérieur du crane que les difficultés d’attention sont les plus marquées. Problème:, si l’alcoolisation est détectable facilement, la gueule de bois l’est moins…

Un nouvel alcool qui ne saoule pas

Heureusement, tel le faux gras arrivé pour sauver les oies, un nouvel alcool est sur le point d’apparaitre. Cumulant les qualités de l’alcool et … c’est tout mais c’est déjà pas mal, il prétend s’affranchir de ses défauts.

Concrètement le Professeur David Nutt a eu un rêve. Un beau rêve féérique dans lequel on dessaoule instantanément.

Imaginez que vous puissiez boire autant que vous le voulez. Que vous restiez toujours dans cet état béat et euphorique. Sans être malade et sans « retomber ». Et puis à 6h en sortant de boite vous prenez votre antidote. Une petite gélule. Sous la langue, un verre d’eau et c’est fini. Vous êtes de nouveau frais et dispo. Et bien cette version festive du haricot magique de San Goku est pour demain. Enfin si elle finit par être autorisée.

Ce nouvel alcool n’a en effet qu’un défaut mais il est de taille: il serait basé sur des benzodiazepines composées bien plus pharmaceutiques que festifs puisque principe actif du célèbre valium…

La gastronomie n’en est déjà plus là

Cette bataille tripartite entre goût, morale et sécurité, la restauration a décidé de ne pas la livrer.

Elle est passé du shacker à la mixologie moléculaire tout comme elle l’avait fait pour les plats il y a quelques années. Mais désormais ce sont les cocktails qui attirent son attention. De la macération sous vide à l’utilisation d’essences concentrées, toute la palette du chimiste est utilisée pour produire des gin aromatisés à la rhubarbe ou des martinis encore plus dry, comme l’explique Newscientist

Du foie gras sans foie à l’alcool sans alcool, c’est en dernier ressort au consommateur de choisir et de pondérer entre l’éthique, la santé et le gout.
Il se posera des questions mais les scientifique auraient pu s’en poser d’autres:

  • Est-il judicieux d’enlever à l’humanité le dernier garde-fou qui la protège de la déchéance. Que serait une société dans laquelle la peur de la gueule de bois à disparu ? Et où de toute façon on cuve en 5min….
  • L’impact des production de levures, fécules, tofu et autres algues sur l’environnement serait-il si anodin si l’on devait en nourrir l’humanité ?
  • Où va-t’on placer la limite entre l’aliment et le produit chimique ?
  • Peut-on réellement se souhaiter bonne année en mangeant un toast de faux gras et en trinquant avec une coupette de valium ?
  • La mode pourrait-elle se dépêcher de nous ramener au traditionnel ?

Comme l’illustre si bien Pacotine

Sources

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