Archive pour novembre 2009

Les footballeurs ne sont pas des singes

Mardi 24 novembre 2009

Et c’est malheureux.

Alors la France entière se déchire pour savoir si il vaut mieux perdre la tête haute que gagner sans honneur, pour savoir si le football est un sport ou une industrie, s’il appartient au joueur d’être vertueux ou à l’arbitre de le forcer à l’être.

Alors les noms les plus estimables du fair play comme Zidane ou Cantona sortent de leur retraite pour donner des avis, tels de sages ermites émergeant de leurs grottes.

Ce n’est pourtant que le signe évident de l’évolution. Les footballeurs ne sont pas des singes, ou ne le sont plus.

L’homme est un animal

Orwell disait :

Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence ; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins.

challenge.jpgIl n’est plus besoin de se cacher pour l’affirmer. Le sport est une manifestation humaine de la bestialité résiduelle. Elle permet à l’Homme d’assouvir ses besoins de domination et de confrontation

Après tout le sport, c’est gagner contre l’autre. C’est se mesurer à un adversaire dans l’optique de lui être supérieur. Rien qui s’approche de près ou de loin des notions d’égalité et de fraternité. Oui le sport est censé être école de respect mais c’est avant tout entre coéquipiers … et encore…

Se mesurer à l’autre est à l’encontre même de la notion d’égalité puisque c’est avant tout chercher à ordonner, classer, distinguer les différences entre les joueurs ou leurs équipes.

Le mythe du sport noble

football_player.jpgPierre de Coubertin, échappé, il faut le dire, d’une époque où l’on pensait même pouvoir mourir avec noblesse pensait :

Un seul sport n’a connu ni arrêts ni reculs : le football. A quoi cela peut-il tenir sinon à la valeur intrinsèque du jeu lui-même, aux émotions qu’il procure, à l’intérêt qu’il présente ?

Mais cette phrase date d’un temps où le foot était plus qu’un sport. Sans argent, sans les mains, le foot était alors la quintessence du respect des règles, c’est la frustration qu’impose la non utilisation des mains qui marque le mieux les raisons du succès de ce sport. Supporter cette frustration, réussir à se dépasser sans la contourner, dominer cette envie d’utiliser ses mains, c’est une des raisons essentielles de l’intérêt de ce sport.

L’un des motifs de fierté principal pour un enfant n’est il pas de pouvoir faire « sans les mains »… c’est à cet orgueil enfantin que renvoie inconsciemment le football, à cette vanité puéril qui consiste à se passer des outils les plus appropriés pour prouver sa compétence. Tel le militaire qui maitrise quiconque sans arme, le footballeur domine sa balle sans les mains.

Alors, dès lors que l’on s’affranchit des règles et surtout de LA règle qui fait le foot, que reste t’il ?

Je dirais bien « une bande de singes qui courent après un ballon » mais ce serait commettre 2 erreurs:

  1. d’après les spécialistes, ils pourraient très largement se bouger à courir un peu plus
  2. les singes, eux, ont des notions d’équité très importantes

Le singe

L’étude de Frans de Waal, dont la synthèse est à lire sur Newscientist, montre que les singes partagent une notion très importante pour eux de refus de l’inéquité. Concrètement, une paire de singes confrontés à un même exercice, le fera pour la même récompense. Que l’un des deux soit favorisé et reçoive une gratification supérieure fera renoncer l’autre. De la même façon si un singe s’aperçoit qu’on lui donne manifestement trop, il refusera toute récompense supplémentaire tant que ses camarades n’auront pas eu leur part.

C’est évidemment un comportement évolutiste qui dicte ces attitudes aux primates étudiés. Il sera très difficile pour un animal grégaire de survivre seul, cela favorise le partage, non seulement pour le bien des autres membres du groupe mais aussi pour éviter toute forme de mise à l’écart. Que l’un soit capable de comprendre qu’il est défavorisé est le malheureux corollaire au fait que l’un soit favorisé, et si cet dissymétrie est perçue alors elle entraine une réaction.

Que le footballeur professionnel (car il ne fait aucun doute que l’enfant ou le simple amateur respectent ces règles) puisse s’affranchir de l’impératif d’équité qui, même si les comportements évolutifs du singes ne nous sont pas partagés, lui est pourtant inculqué depuis tout petit, est -avant d’être une faute de jeu ou de justice- un symbole.

La conclusion est que le match d’Henry a prouvé 2 choses sur les footballeurs :

  • ce ne sont pas des singes
  • ils jouent à autre chose qu’au football

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