Eloge du chez soi face au proselytisme du dehors

C’est un fait que nul ne pourra contester; quand arrivent les beaux jours une foule de bien-pensants déferle de manière plus ou moins coordonnée pour faire la chasse aux dangereux misanthropes.

Dans cette société où chacun se déclare volontiers rebelle, où l’indépendance est vécue comme une réussite, et où chacun se targue de son originalité, bien peu comprennent cependant leur statut auto-proclamé de mouton.

A les écouter (ils mettent tellement de bonne volonté à se poser en donneurs de leçons qu’ils sont écoutés, ne serait-ce que par compassion), « il faut aller dehors, profiter du beau temps, voir des gens, changer d’air, se balader »

La simple question « pourquoi » est toujours un moment fort pour se rendre compte de l’imprégnation de se discours.

Pourquoi faudrait-il aller dehors ?
-parce qu’il fait beau !
Pourquoi faudrait il aller dehors lorsqu’il fait beau ?
-ben heu c’est mieux que quand il pleut !
Oui effectivement mais pourquoi irais-je dehors quand il pleut ?
-ben justement t’y vas pas ! t’y vas quand il fait beau !

Crowd_Tokyo.jpgDe la même manière qui n’a jamais entendu « viens y’aura du monde, tu verras ce sera chouette[1]« .

En quoi le nombre serait-il forcement un gage de qualité ? Et pourquoi dehors serait mieux que chez moi ? Pourquoi dans l’absolu une foule de gens serait mieux qu’un petit nombre ? Et en quoi ma rue est-elle supérieure à mon salon ?

Je ne vois qu’une raison qui peut faire préférer les foules aux groupes plus restreints et c’est l’indigence de l’intérêt qu’ils suscitent. Après tout, je me range volontiers à la statistique voulant que l’on trouve plus de gens attrayants dans des groupes plus grands (à proportions égales) mais cette même statistique veut que l’on y trouve aussi plus de cons. Alors pourquoi devrait-on échanger un petit groupe de gens également intéressants contre un groupe plus large comprenant aussi des cons ? Chaque réminiscence de ce questionnement devrait, plus qu’une réponse fermée, amener à s’interroger sur l’entourage immédiat de celui qui fait cette proposition.

SitOnIt_Fuchia_s.jpgC’est au même genre de raisonnement que fait appel la réflexion sur l’extérieur. Le salon, pour peu que l’on en ait un, est normalement une pièce que l’on a spécialement conçu pour s’y sentir bien, pour y être confortable, pour y passer d’agréables moments, alors quelle est donc cette lubie qui fait éprouver le besoin à une majorité de nos contemporain de passer l’après midi dans la rue ?

Profiter du beau temps ? Je ne suis pas crédule au point de croire l’air des appartements sain et aseptisé mais je doute profondément que l’on profite mieux du soleil entre les voitures plutôt qu’à une fenêtre. Par ailleurs nos latitudes sont suffisamment tempérées pour que le besoin de profiter du soleil ne soit pas à ce point oppressant.

Rencontrer des gens ? quelle belle hypocrisie. Ces rencontres se bornent en général à « il fait chaud pour la saison ». Bref croiser des gens oui, les rencontrer non car quand bien même vous iriez avec le vrai désir d’en rencontrer il vous faudrait encore tomber sur quelqu’un qui partage ce désir.

Alors Pacotine et moi (je l’associe, ça lui fera les pieds ! ) sommes nous misanthropes ?

Je ne crois pas. Nous apprécions aller dehors simplement dehors est plus un passage qu’une destination en soi.

Enfin j’ai récemment entendu que c’était de l’intolérance de ne pas aimer les gens. (en général) et que ne pas aimer sortir en était une preuve.

Nous apprécions les gens, simplement nous préférons la discrète cooptation de nos semblables plutôt que l’impersonnalité des rencontres que les lieux, substitués aux gens eux-même, imposent.[2]

Que je sache nous n’essayons de convaincre personne de faire ce qu’il ne veut pas faire, nous ne disons à personne de changer pour être mieux, nous n’embrouillons personne en tentant de faire croire que l’on est plus heureux en se forçant à faire ce que l’on aime pas faire. Alors de grâce, arrêtez de nous saouler avec votre intolérant prosélytisme et d’essayer de nous faire croire que dehors c’est mieux. [3]

Car j’ai bien peur que le dehors ne soit remplit de gens qui n’ont pas osé affirmer qu’ils préféraient rester chez eux.

Notes

[1] à l’époque, maintenant vous pouvez le remplacer par n’importe quel adjectif qui ferait plus in selon vous

[2] Enfin s’énerver des gosses qui hurlent, courent et nous bousculent n’est pas de l’intolérance, c’est juste être déçu que la tolérance des autres ne puisse englober notre besoin de calme.

[3] Et je laisse aux consommateurs rebelles le soin de réfléchir à qui bénéficie leurs sorties.

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3 commentaires sur “Eloge du chez soi face au proselytisme du dehors”

  1. Pacotine dit :

    faudra aussi penser à parler de la fête de la musique tant qu’on est dans ce sujet du « dehors , dans la foule et dans le vacarme insupportable c’est plus mieux qu’on est tous heureux youpi qu’on rencontre des gens supers géniaux que c’est trop bien »

    moi je dis vive mon salon , mon frigo, ma senseo et mon pc!

  2. tykayn dit :

    ha y’a eu une fête de la musique à bruxelles? pas dans mon quartier en tout cas =D

    Ouais, bon donc, sinon j’aime bien me promener parce que j’aime bien bouger et marcher. La rue est pleine de PNJ et ça sux, mais c’est bien par plaisir que j’ai été me promener sur la plage tout cet été à mes pauses du midi.
    Enfin, c’est sûr que là où j’étais les gens savent esquiver les piétons, y’en a même qui sourient.

    ça doit être la forumle du bonheur qui t’a donné l’idée de ce billet.
    mais hmmm question prosélytisme ça me fait penser à un autre où il y a des films « à voir » ;)

  3. Karam dit :

    Ok tu as raison a propos des films, il n’empêche que tu peux les voir chez toi ces films !!!!

    non tu as raison sauf sur un point; les films ne sont a voir que si l’on aime le cinema bien entendu, tandis que les grégaires insistent sur le fait qu’il faut sortir voir du monde meme si on aime pas ça

    se promener pour bouger et marcher est une raison en soit mais maintenir qu’il faut sortir pour voir du monde relève selon moi du lavage de cerveau à tendance commerciale

    et la fête du bruit c’était a paris en 2008…

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